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Sarcastique, Folle, Spéciale : Colleen !

Photo de Desperate-Colleen

Desperate-Colleen

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Il est interdit de plagier. Tout le monde a de l'imagination, tout le monde peut écrire.

Merci de suivre l'aventure de Colleen.

© Par propriété exclusive de l'auteur, la copie et les utilisations partielles ou totales de son travail sont interdites; conformément aux articles L.111-1 et L.123-1 du code de la propriété intellectuelle. Tous Droits Réservés.

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Desperate Colleen



Adolescente de 17 ans aimant la solitude et le calme, Colleen verra son été bouleversé par cette phrase qu'elle craint tant « Tu iras chez ta mère ». La voilà qui quitte l'Arizona et atterrit chez sa mère Chelsea, une quadragénaire pacsée qui ne pense que shopping, botox et régime. Mais heureusement, Colleen peut compter sur sa charmante grand-mère malgré ses oublis de sonotone éteint et de dentier. La cerise sur le gâteau, c'est qu'elle devra faire face à l'arrivée de sa demi-s½ur Ellie, une déesse blonde aux idées farfelues, sans compter qu'elle se retrouvera à travailler en tant que serveuse dans le café le plus branché de Malibu... aux côtés du beau et démoniaque Adrian.


Desperate-Colleen est répertoriée chez Queens-Pub.
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#Posté le dimanche 11 juillet 2010 05:01

Modifié le lundi 16 août 2010 16:10

Chapitre 1

♪ Big Jumps - Emiliana Torrini ♪


___ Les idées se bousculent dans ma tête tandis que je m'installe sur mon siège, près de la vitre. Pourquoi n'ai-je pas dit non ? Ah si j'avais du cran... oui, si.
Une vieille dame vient s'installer à mes côtés alors que le train quitte le quai. Elle manque de tomber en arrière. Je lui attrape le bras pour l'aider à s'asseoir. Elle me remercie doublement, m'offre un sourire édenté. Je marmonne un « Je vous en prie » avant de tourner les yeux vers le paysage qui commence à se dessiner devant moi : le soleil brille dans le ciel immense, les nuages dansent, les oiseaux valsent et moi je suis une idiote.

___ Il me suffisait de prononcer ce simple petit mot « Non » et j'aurais continué ma vie minable mais tranquille. Non, il faut toujours que je me dégonfle pour que « Oui » ou « Pourquoi pas ? » ou aussi « Mais bien sûr » dépassent les barrières de ma bouche ! Foutue lâcheté à la con !
____- Vous voulez un gâteau ma chère ? demande la voix de la vieille, me sortant de mes songes.
Je la regarde, étonnée et gênée. Pourquoi les gens sont-il comme ça ? Si... gentils, si sociables, si... étranges.
Elle me tend le morceau sous le nez, ses mains tremblantes prêtes à le lâcher sur ma robe.
Maintenant, elle ne va pas se taire durant tout le voyage. Ca m'apprendra à l'avoir aidé. J'aurais dû la laisser tomber... je suis cruelle.
____- Non, merci, je jeûne.
Un petit mensonge ne fait de mal à personne. Dieu ne me punira pas pour cela, hein ?
____- Où ai-je encore mis mon dentier ?
Je me dépêche de sortir mon lecteur de mon sac et de boucher mes oreilles. La voix d'Emiliana Torrini susurre de belles paroles. Je pose ma tête contre le hublot. Autant essayer de dormir pendant ces quelques heures.

___ La vitre m'envoie mon reflet. Je vois mes yeux verts, ma petite bouche toujours rosie, mon nez retroussé et même les tâches de rousseur dessus.
Je passe mes doigts dans mes cheveux noirs coupés carré. J'ai bien fait de changer de tête juste avant de partir. J'ai essayé de me faire à l'idée de quitter ma ville et ma vie paisible et mortellement ennuyante pour aller passer mon été chez ma mère à Malibu. Cette ville de petits bourges qui passent leurs soirées dans les clubs à danser sur de la musique à chier et qui se la pètent avec leurs montres Rolex au poignet. Du moins, c'est l'idée que je me fais de la ville.
Mes parents se sont séparés le jour de mes quatorze ans, c'est-à-dire, il y a trois ans. Ma grand-mère venait tout juste de déposer le gâteau en forme de Shrek sous mes yeux quand on a entendu les cris venant de la chambre conjugale. Ah... je déteste Shrek !
J'ai toujours vécu avec mon père en Arizona. J'avais une amie là-bas... oui, une seule. C'est que... je n'aime pas trop les gens. Pat, à qui j'ai dit que son mec m'a mis la main aux fesses un jour qu'elle avait le dos tourné. Elle m'a dit d'aller me faire foutre, que je n'étais qu'une sale menteuse, une garce qui n'aimait qu'elle et qui passe son temps à trouver des défauts aux autres au lieu de remarquer qu'elle en a des tonnes. J'ai répondu « Je suis vraiment comme ça ? ». Elle m'a tourné le dos après m'avoir lancé un doigt d'honneur en plein visage. Ca m'apprendra à vouloir être honnête et dire ce que je pense. Elle n'a qu'à rester avec son obsédé de gars qui saute tout ce qui fait du 90C. Je suis rentrée chez moi, ce jour-là, et me suis enfermée dans ma chambre. A mon plus grand étonnement, des larmes ont jaillit par milliers de mes yeux... Je n'ai pas compris, jusqu'à ce que mon père me dise que j'étais plus sensible que je ne le croyais et que j'avais un c½ur, contrairement à ce que pensaient les autres. C'est peut-être vrai.
C'est aussi ce jour-là que mon père m'a annoncé qu'il allait devoir m'abandonner à ma mère durant un bon bout de temps car il devait se rendre en Afrique du Sud pour son travail. Il fait partie de Médecins sans frontières... ça lui apprendra à être bon.
____- Tu crois que je n'ai pas besoin de toi, moi ? me suis-je écriée.
____- Ca ne sera pas long, je te le promets. Ferme les yeux et rouvre-les une seconde plus tard, tu verras que je suis de nouveau là. Ca passera vite, tu verras.
J'ai fermé les yeux et les ai rouverts afin de lui montrer que je n'avais plus quatre ans pour croire à ses salades.
_____- Tu veux me laisser avec elle ? AVEC ELLE ? ai-je hurlé par la suite. Elle va me rendre folle en un rien de temps. Elle va me trimballer dans tous les centres commerciaux pour m'acheter des fringues Prado ou je ne sais quoi. Elle va me transformer en pimbêche siliconée !
Cette conversation s'est conclue sur un « Oui » de ma part. Comme d'habitude.
Ma mère est comme ça. Du genre à qui on dit « Tu as une superbe mine » et qui répond « Remercions le Dr. Herman ». Elle s'est mariée deux fois après son premier divorce. Eliot, le troisième, avec qui elle a finalement décidée de se pacser à la mairie au lieu de se marier – pour éviter un troisième divorce qui fera parler d'elle ou pour bénéficier d'un montant des impôts plus faible ? – est le businessman retraité typique des États-Unis qui roule en Mercedes avec chauffeur et qui a une fille en internat pour ne lui faucher son argent que le week-end. Monsieur veut profiter de sa retraite tranquillement chez lui dans les bras de sa chérie.
Ma mère, Chelsea, a vécu toute son enfance en Angleterre. Elle s'en vante, d'ailleurs, tous les jours.
« Voyons, je suis née à Londres, moi ! » rappelle-t-elle à ses amies lorsqu'elles se retrouvent pour le café du Mardi. C'est pour cela qu'elle m'a nommé Colleen, à mon plus grand désespoir. Elle dit et je cite « Ca fait totalement Anglais ». Si seulement on pouvait demander son avis au bébé à la naissance. C'est injuste ! On n'a le droit qu'au biberon mal lavé et aux couches inconfortables à ce moment-là.

___ Le train s'arrête enfin. J'attends que tout le monde sorte avant de me lever de mon siège. Chelsea et Eliot n'ont qu'à attendre que sa majesté sorte, peinarde. Vais-je réellement pouvoir tenir plus d'une semaine avec eux ? Je l'ignore. En fait, j'en doute. J'en doute fort, même.
En descendant du train, j'aperçois la tête de ma mère. Elle me fait signe de la main de me dépêcher. Bien sûr, j'arrive maman ! Tirant ma valise derrière moi, j'avance d'un pas nonchalant vers l'heureux petit couple, un sourire hypocrite sur le visage.
____- Maman ! Eliot ! m'exclamé-je.
Maman m'a dit qu'Eliot aimerait bien que je l'appelle « papa ». Ce type est fou !
Chelsea me prend dans ses bras, m'embrasse, observe ma nouvelle coupe et dit qu'elle la trouve beaucoup trop courte à son goût. Eliot, lui, sourit bêtement et serre la main que je lui tends. Le tout sous le regard perplexe de ma mère qui ne perd pas une miette de mon attitude ingrate. Je lève les yeux au ciel et aperçois des oiseaux voler entre eux. Ne voulez-vous pas m'emmener avec vous ?

___ Cet été sera abominable. Cet été sera d'enfer. Au sens propre.
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#Posté le dimanche 11 juillet 2010 05:19

Modifié le dimanche 11 juillet 2010 05:31

Chapitre 2

♪ Life is short - Butterfly Boucher ♪


___ Le lendemain matin, la voix stridente de ma mère me fait tomber du lit. Heureusement j'atterris sur la moquette rose qui est l'identique des trois autres dans la chambre. D'ailleurs, ma chambre toute entière est rose. Du papier peint au lit. C'est horriblement horrible. Cela me fait même penser aux chambres de Barbie que l'on voit dans les pubs à la télé.
____ - Colleen, tu descends ? Le petit déjeuner est servit depuis quinze minutes ! Shit !
Oui, c'est bien ma mère qui a dit ça. Elle est de ce genre-là. Une fausse anglaise dont les origines rebelles lui échappent de la bouche lorsqu'elle se met en rogne. Nous avons aussi le droit à « Fuck » mais également à « Darling » et très souvent « Oh my Gosh ». C'est désespérant !
En descendant les escaliers interminables, je me surprends à bailler encore. Dieu seul sait quel prix je pourrais payer pour retourner me coucher. La voix de ma mère m'arrive aux oreilles comme un enfant qui crie, quémandant son biberon.
____ - Seigneur, Colleen où es-tu ? crie ma mère.
____ - Je suis là, maman. Tu veux bien baisser d'un ton ? J'ai dormis très tard hier soir, je suis encore un peu dans les vapes, ajouté-je pour la provoquer.
____ - Oh my Gosh ! s'exclame-t-elle en me détaillant des yeux. Colleen Audrey Lambert, regarde-toi ! Tu te drogues ?
Je sens ses doigts glisser dans ma courte chevelure tandis que je prends place sur une chaise, prête à satisfaire l'appétit glouton de mon ventre.
____ - Je vais prendre rendez-vous chez Jean-Bernard, annonce Chelsea. Tu devrais te faire une couleur.
____ - Jean qui ? baillé-je.
____ - Ne sois pas impolie ! Jean-Bernard est un des plus grands coiffeurs de la Californie.
____ - En tout cas, il n'est pas malin, vu qu'il a oublié de changer de prénom, remarqué-je avant de boire une gorgée de mon jus d'orange. Pas vrai Eliot ?
Ce dernier lève les yeux de son assiette de crêpes d'abricot, me lance un regard de demeuré. Pauvre Eliot.
____- Que dirais-tu d'un blond platine ? propose ma mère.
____- Hors de question ! Laisse-moi comme je suis, par pitié. Mes cheveux me conviennent parfaitement.
____ - Nous irons chez Jean-Bernard que tu le veuilles ou non ! Lui seul pourra te trouver la couleur parfaite.
Je soupire, désespérée, et croque dans ma tartine. Misère. Je devrais être heureuse et comblée d'avoir une mère qui me pomponne et me traite comme sa poupée ? Non, absolument pas ! Son attitude m'étouffe. Et l'été vient tout juste de débuter. Je ne rentrerais à Phoenix qu'une fois que je ressemblerai à Chelsea lorsqu'elle avait mon âge. C'est sûrement son but : faire de sa fille son sosie qui aura la malchance d'épouser deux hommes et qui ne devra jamais travailler puisque l'argent sortira des poches des pauvres malheureux qui oseront passer la bague à son doigt. Que Dieu me vienne en aide ! Je promets de ne plus jamais me moquer, mentir, insulter ou regarder les fesses des beaux garçons... Hum, je vais devoir reconsidérer cela, finalement.

___ Une heure plus tard, je dévale les escaliers, vêtue d'un jeans usé aux genoux, d'un tee-shirt bleu et d'une veste blanche et rejoins ma mère devant la porte. Elle se tourne lorsqu'elle m'entend arriver, jette ses cheveux blonds en arrière et m'offre une fâcheuse image de son décolleté terriblement plongeant.
____ - Seigneur, soufflé-je.
Elle écarquille les yeux.
____ - Remonte te changer, immédiatement ! s'écrie-t-elle en pointant mon jeans. Qu'est-ce que... Ton père ne te donne pas assez d'argent pour t'offrir un vrai jeans ?
____ - Maman ! soupiré-je.

___ Dans la voiture, Chelsea énumère toutes les « merveilleuses » choses que nous accomplirons ensemble cet été. Ses lèvres bougent mais je ne l'écoute même plus, préférant mettre une musique sur mon iPod et goûter à ses belles paroles. Les rues défilent devant mes yeux et les humains également. Les uns en maillot de bain, d'autres en short. Certains s'amusent en faisant du roller ou du skate, d'autres mangent leurs glaces en papotant. De beaux surfeurs à la peau bronzée courent vers la plage, leur planche sous le bras, m'offrant une délicieuse image de leurs fesses parfaitement moulées dans leurs combinaisons. Admirer le derrière des garçons, nos yeux planqués derrières nos lunettes de soleil noires, était notre jeu préféré à Pat et moi. Ce n'est pas normal qu'elle me manque. Non !
____ - Chérie, nous sommes arrivées ! chante ma mère en ouvrant la portière. Descends vite ! Je ne veux pas que cette garce de Marilyn Bloom et sa chipie de fille nous volent nos places chez Jean-Bernard.
Dehors, un air chaud me fouette le visage. Les talons de Chelsea martèlent le bitume et la guident vers une immense porte vitrée. Deux adolescents d'environ quinze ans écarquillent les yeux en remarquant son décolleté. Je les fusille du regard, mais aucun n'y prête attention, trop occupé à baver. Chelsea pousse la porte et l'air frais me fait le plus grand bien. Au moins il a la clim' ce Jean-machinchose. J'observe l'endroit coloré. Des femmes installés par ci, par là, se faisant coiffer par des jeunes filles qui se la jouent Totally Spies, sautant comme des chimpanzés, voyageant entre les quinquagénaires siliconées et leurs prétentieuses progénitures.
____ - Chelsea, ma chérie ! s'écrie une voix masculine à l'accent français. Bien le bonjour à toi ! Tu es superbe, comme d'habitude.
____ - Quel lèche-cul, marmonné-je.
Maman ôte ses lunettes et me lance un regard revolver, avant de sourire à un lilliputien chauve – quelle ironie du sort ! – aux yeux noirs, vêtu d'un pantalon blanc gravement moulant – non, je ne regarderai pas ses fesses à celui-là – et d'une chemise bleue aux quatre premiers boutons ouverts, laissant apparaître un début de torse rasé de trop près. Ses chaussures noires sont tellement cirées qu'elles pourraient rendre aveugle. Il baise la main de ma mère et porte son regard sur moi.
____ - Tu dois être Colleen. Ta mère parle beaucoup de toi. Quelle jolie fille, murmure-t-il à Chelsea.
____ - Vous devez être Jean-Baptiste ? renchéris-je.
Il paraît outré. J'ai droit à nouveau au regard noir de ma mère.
____ - Jean-Bernard, rectifie-t-il en se forçant à sourire.
Chelsea lui demande de me trouver une « belle » couleur pour mes cheveux et ajoute qu'elle aimerait m'offrir des extensions.
____ - Je refuse de porter les cheveux d'une autre ! braillé-je en m'installant sur un siège. Pigé ?
____ - Pourquoi ne peux-tu être comme les autres filles de ton âge ? grince maman. Pétillante et...
____ - Superficielle ? Pimbêche ? Fausse ? appuyé-je, provocante.
Elle me tourne le dos et va s'installer devant sa manucure. Jean-Bernard a dit qu'il s'occuperait personnellement de moi. J'ai bien précisé que je choisirai moi-même la couleur. Après moult incertitudes, je choisis le marron chocolat. D'accord, il n'y a pas de différence flagrante, mais je ne vais quand même pas me métamorphoser en blonde. C'est ce que désire ma mère... qu'elle rêve !
Quelques heures plus tard, nous quittons le salon après que ma génitrice ait déposé une fortune dans la caisse de Jean-machinchose. Le voleur ! Ah, j'oubliais, ce n'est pas de la poche de Chelsea que s'échappent les dollars, mais plutôt de celle du pauvre et aveugle Eliot.
____ - Pourquoi as-tu choisit cette couleur ? geint maman.
____ - Pour la énième fois, je ne deviendrai pas blonde !
Une fille me bouscule. Un aboiement aigu se fait entendre. Lorsque je me tourne, une rousse de mon âge me fusille d'un regard grisâtre, sa main caressant le museau d'une bête fortement poilue.
____ - Eh ! s'égosille la fille. Tu as fait du mal à Pitchoune !
D'accord, cette fille est complètement folle. Ma mère se racle la gorge et me murmure à l'oreille :
____ - C'est la fille de Marilyn Bloom, Bonnie.
Bonnie Bloom ? Laissez-moi rire ! Et quel genre d'humain appelle son chien Pitchoune ? Mais dans quelle ville suis-je tombée ? La folle tend son animal sous mon nez et une forte odeur de framboise me monte aux narines. Je regarde Bonnie.
____ - Tu veux peut-être que je l'embrasse ? ironisé-je.
____ - Excuse-toi, idiote !
____ - Pardon ? m'écrié-je.
____ - Laisse tomber, Colleen, chuchote ma mère en me tirant par le bras. Cette chipie n'en vaut pas la peine. Telle mère, telle fille, ajoute-t-elle en élevant la voix.
Hors de question de partir sans rétorquer !
____ - Tu devrais aller te refaire les racines, bouffonne ! (elle écarquille les yeux, choquée) Et tant que t'y es, dépose ta bête chez le pressing, cette fourrure a besoin d'un nouveau coup de brosse. Idiote toi-même !
Ma mère étouffe un rire. La folle me tourne le dos et entre dans le salon de coiffure, serrant contre elle son chien. J'exècre les Bonnie Bloom du monde entier. Il y en a au moins une dans chaque lycée, accompagnée de très près par ses sbires qui mourraient forcément sans elle. Bonnie Bloom représente Carrie Miller, la peste de mon lycée à Phoenix qui ne peut survivre sans son gloss pêche ou son après-shampoing à la camomille. Quelle crâneuse, celle-là alors !

___ De retour à la maison, maman pousse un énième cri strident en apercevant le chauffeur d'un taxi ouvrir la portière de son véhicule et aider une vieille dame à descendre.
____ - Grand-mère ! crié-je en courant dans sa direction.
Chelsea se mord ses lèvres, qui ont soit dit en passant goûté au botox également, tandis que j'accours dans les bras de ma mamie. Arrivée à sa hauteur, elle me pousse d'une main, hurlant :
____ - Qui êtes-vous ? Si vous voulez voler mon sac, je vous préviens, il est vide. Ma fille ne m'envoie plus un sou !
____ - C'est moi grand-mère ! Tu devrais mettre tes lunettes, lui conseillé-je.
____ - Ah, où les ai-je encore mises ses satanées lunettes, marmonne-t-elle en cherchant autour d'elle.
____ - Elles sont là, dit le chauffeur de taxi en les lui tendant.
Si ce n'est pas son dentier ou son sonotone éteint, ce sont toujours les lunettes. Elle les lui arrache des mains et le fusille du regard.
____ - Allez-vous en !
____ - Mais... la course, alors ?
____ - Eh bien, pour une course, c'était bien une course, insolent ! Vous rouliez à deux cent à l'heure ! Je devrais appeler la compagnie des taxis et me plaindre de votre conduite dangereuse.
Ma mère nous rejoint et tend au monsieur un billet. Le pauvre empoche l'argent et déguerpit.
____ - Vieille pie ! crie-t-il par la vitre.
____ - Qui est-ce que tu traites de vieille pie ? Incivil ! hurle grand-mère en le poursuivant avec sa canne. Pourquoi tu t'enfuies, poltron ? Tu as peur de moi ? Si je t'attrape, je vais te tordre les...
Je la regarde trottiner tant bien que mal derrière la voiture qui détale, riant. Ma mère, elle, se ronge ses ongles à peine manucurés, le regard angoissé.
____ - Qu'ai-je fait de mal cette fois-ci ? se plaint-elle en regardant le ciel. Hein ? Qu'ai-je fait pour mériter cela ? Répondez ! Bouh...
Elle regagne la maison tout en reniflant. Bon sang ! Finalement... cet été promet.

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#Posté le mardi 13 juillet 2010 05:28

Modifié le mardi 13 juillet 2010 17:59

Chapitre 3

♪ Sink or swim - Tyrone Wells ♪


Grand-mère est une vieille femme de soixante-quinze ans qui a connu pas mal de choses dans sa vie. Par exemple, elle a beaucoup traîné chez les Alcooliques et les Drogués Anonymes (ma mère, elle, devrait s'inscrire aux Shopaholic et aux Botoxés Anonymes). Un jour, elle s'est enfuie en compagnie d'un célèbre chanteur de Rock qui l'a engrossée et laissée tomber, Chelsea dans les bras. Elle a connu tellement de choses Mamie que ses conseils aident toujours. D'accord, elle a été longtemps attirée par les salauds drogués et tatoués de la tête aux fesses qui lui ont tiré le bras lors de leur descente aux Enfers. Mais elle a su refaire surface et s'occuper de son enfant. Mais maman et elle ne s'entendent pas très bien. Il faut dire que Grand-mère n'a pas sa langue dans sa poche et n'hésite pas à dire ce qu'elle pense. Je plains Eliot qui doit encaisser ces reproches à chaque fois qu'il ose croiser sa route. Et ma mère... sans commentaire !

- Mais non, Amelia ! s'exclame maman. Je vous ai dit de faire cuire les carottes d'abord...
Pauvre Amelia ! Elle mène la vie dure avec maman et ses reproches incessants. Tiens ! Telle mère, telle fille.
Lorsque je pénètre dans la cuisine, ma mère s'agite derrière les fourneaux, n'hésitant pas à corriger les gestes d'Amelia qui la regarde, sans oser rétorquer.
- On mange quoi ce soir ? demandé-je en ouvrant le frigo à la recherche d'un soda.
- Pot au feu de coquillages ! chantonne maman, recouvrant sa bonne humeur.
Je manque de m'étrangler. Hors de question que je mange une nouvelle fois dans cette maison de dingues.
- Maman ! soupiré-je. Nous ne sommes pas tous au régime !
Brusquement, Grand-mère fait son entrée dans la pièce, ses cheveux blancs en pétard, un grand sourire édenté sur le visage, martelant de sa canne tout ce qui se trouve sur son passage. J'entends ma mère souffler, perdant son sourire.
- Qu'y a-t-il de bon pour ce soir ? hurle grand-mère. Du crabe j'espère !
- C'était bien la sieste, mamie ? questionné-je pour détendre l'atmosphère.
Elle ne répond pas, ouvre le frigidaire et y passe un ½il fureteur.
- Yaourt zéro pour cent, fromage zéro pour cent, limonade zéro sucre, énumère-t-elle en claquant la porte. Au moins, ton homme ne devrait pas se sentir seul avec tous ses zéros autour de lui, raille-t-elle en regardant Chelsea.
- Maman ! s'écrie-t-elle.
- QUOI ?
Je lui règle son sonotone. Elle dépose un baiser sur mon front.
- Alors, il y a du crabe ce soir ou pas ? demande-t-elle en faisant le tour du comptoir. Parce que je pourrais en avaler trois.
- Pot au feu de coquillages, réitère ma mère en roulant des yeux.
- A ce que je sache, Eliot a assez d'argent pour nous offrir un crabe pour dîner, non ? rétorque grand-mère sous le regard outré de sa fille. Ou est-ce qu'il est radin comme ton deuxième mari ? Comment s'appelait-il déjà ce faux-cul ?
- Grand-mère ! l'interpellé-je.
- Et bien quoi ? Liberté d'expression, fillette ! Chelsea, tu devrais bomber encore plus tes seins, tiens ! lance-t-elle, moqueuse.
Maman s'apprête à riposter, mais je tire grand-mère par le bras et l'entraîne hors de la pièce avant qu'une bombe n'explose. Eliot qui passait par là, détale et se cache dans son bureau, avant que Grand-mère ne l'aperçoive. Cette dernière me questionne sur Papa, le seul homme qu'elle supporte – hormis Mick Jagger qu'elle vénère -, et de ma vie en Arizona. Je lui confie mes impressions sur Pat et son attitude irrationnelle.
- Cette gamine était sûrement jalouse que son petit ami ait préféré toucher tes fesses aux siennes, réplique-t-elle.
- Grand-mère !
- Eh bien quoi ?
Elle n'a peut-être pas tord... non ! D'accord, la réaction de Pat était totalement absurde mais elle ne peut être jalouse d'une fille comme moi. D'abord, je n'ai jamais eu de petit copain – ne vous moquez pas ! – parce que je ne suis pas encore tombée sur le bon – par là, je ne pense pas à la grenouille qui se métamorphosera en prince charmant après un baiser bien baveux – qui sera différent des autres – par là, je veux bien dire qu'il me ressemblera -. En bref, je recherche une Colleen au masculin. Serait-ce dur à trouver ? Selon Pat, oui. Ensuite, je n'attire vraiment pas la gent masculine tel un aimant. Les garçons détestent ma façon d'être et d'agir. C'est Pat qui me l'a dit... La garce !

- Le dîner est prêt ! prévient maman.
Eliot est le premier à prendre place. Cet homme est un ventre sur pattes.
Je m'installe près de Grand-mère, tandis que maman s'assoit face à Eliot. Je tends la corbeille à pain à Mamie qui observe Eliot.
- Alors, Eliot, comment vont les affaires ? demande-t-elle.
Maman se racle la gorge, suspicieuse.
- Euh... Hum.... Les.... Affaires ? bafouille Eliot en jouant dans sa salade.
- Chelsea, qui as-tu épousé au juste ? Un ado pubère ou un homme ? Un vrai, appuie-t-elle avec un rictus.
Je m'abstiens de rire, croque dans un morceau de concombre en regardant Eliot qui est médusé.
- Combien gagnez-vous par mois ? relance Grand-mère.
- Maman ! s'écrie Chelsea, offusquée.
- Hi hi, ris-je.
- Colleen !
Maman me fusille du regard. Grand-mère rétorque :
- Je veux juste savoir s'il est radin, vu que tu ne m'envoies plus un sou depuis une éternité.
- Je t'envoie tous les mois un chèque de deux mille dollars, riposte sa fille. D'autres m'embrasseraient les deux pieds. Tu devrais t'estimer heureuse. Deux mille dollars, c'est amplement suffisant pour une vieille de ton âge...
- Qui est-ce que tu traites de vieille ?
- Que fais-tu avec cet argent ? Tu paries ?
- Cela ne te concerne en rien. Et pour ton information, deux mille dollars ne me suffisent guère, ajoute Mamie en tirant sur un fil invisible de sa jupe.
- Tu n'as besoin de rien ! Tu paies un loyer pas cher, les courses... que te faut-il de plus ?
- J'entretiens un gigolo, renchérit Mamie.
Je ne tiens plus et éclate de rire. Maman me jette un regard noir. Eliot continue de manger, soulagé que Grand-mère ne s'adresse plus à lui.
- Tu plaisantes, j'espère ?
Grand-mère ricane. Elle plaisante, mais elle en serait capable. Mamie ne craint rien.
Amelia entre dans la pièce, le téléphone dans la main.
- Monsieur, votre fille au téléphone, annonce-t-elle.
Eliot prend l'appareil et disparaît dans la pièce d'à côté, déçu de devoir laisser son repas refroidir. Maman et sa génitrice continuent de se chamailler et je les regarde, amusée. Le calme et la tranquillité de Phoenix me manquent, mais j'avoue que voir ainsi ma mère et la sienne se chicaner ainsi me redonne le sourire et me rappelle des moments de mon enfance.
- J'aimerais que tu me prennes rendez-vous au spa, déclare Grand-mère.
- Au spa ? s'étouffe maman. Tu vas faire fuir tout le monde avec ta peau toute ridée et toute centenaire.
- Contrairement à toi, je n'ai pas les moyens de me payer les services du Dr Hermann, rétorque Grand-mère sarcastique.
Chelsea s'apprête à riposter lorsque Eliot regagne la salle à manger, blafard. Maman lui caresse la main. Mamie grimace.
- Qu'est-ce qu'il y a encore ? demande-t-elle. C'est la bourse, c'est ça ?
- Maman, s'il te plait ! l'apostrophe sa fille. Qu'est-ce qu'il y a mon amour ? Tu n'as pas l'air bien, ajoute-t-elle d'une douce voix, s'adressant à Eliot.
- Oh non... ça va. J'avais juste oublié que... Ellie arrive demain. Vacances... d'été, bredouille-t-il nerveusement.
Pauvre chou ! Ah, Ellie... un cauchemar ambulant cette fille. Ou plutôt, une dépensière ambulante qui ne peut survivre sans ses sacs à main de grandes marques ou son téléphone portable qui souffre sous ses doigts. Elle est telle Carrie Miller... en plus gentille... et en plus folle.
- Ellie rentre demain ? s'écrie maman, les yeux brillants.
Eh bien, merci, mère !
Elle et Ellie se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Elles ne jurent que par régime, dollars et shopping. C'est maman en plus jeune... sans le botox.
- Qui est Ellie ? interroge Mamie.
- Ma fille, répond Eliot.
Il paraît soucieux, mais ne tarde pas à reprendre sa nourriture là où il l'a abandonné. Au moins, il ne perd pas l'appétit.

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#Posté le vendredi 16 juillet 2010 15:13

Modifié le mardi 27 juillet 2010 08:55

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